J'ai pris connaissance
de l'oeuvre de Dantec suite à la polémique qu'il avait suscité
auprès de notre très médiocre classe médiatique.
Je suis donc parti d'un a priori favorable : pour être critiqué
par la nomenklatura universitaire, littéraire, arstistique, anti-discriminationiste
et j'en pense, il faut faire preuve de certaines qualités intellectuelles
telles que l'on en trouve plus guère parmi les riches et célèbres.
Au sujet de l'affaire SNIPER il avait ainsi émis une réflexion à reprendre. Je profite de mes efforts destinés à remédier à mon fouillis bordélique pour inverser le processus entropique auquel il est soumis et je vous livre sa production issue des pages 173-174 du Théâtre des opérations. L'affaire se déroule lors de l'été 1999 :
"Viens
de voir un certain Stomy Bugsy à la télé. Hormis le fait que cet être inculte
marche comme un gorille, écrit avec ses pieds et s'habille comme un sac, il
m'apparaît que le France faussement multiculturelle des années 90 est seule
à même de produire une telle aberration. Pire encore, je me souviens, effaré,
avoir pris fait et cause pour ce branleur à l'époque où un préfet de la République
entendait le poursuivre lui et son groupe, pour avoir écrit des paroles débiles
appelant au " sacrifice de poulets ", c'est-à-dire au meurtre de flics. Que
les choses soient bien claires : je croyais à l'époque la France encore assez
grande pour s'appuyer sur une conception de la liberté individuelle analogue
à celle de nos voisins anglo-saxons, et en dépit de la totale incapacité du
pays à se forger un droit et une police dignes de ce nom, je continue de penser
que la liberté d'expression est une sorte de SMIC politique en dessous duquel
on sombre dans les eaux troubles de la dictature et de la stupidité centralisée.
Aussi, que Stomy Bugsy et ses comparses entendent bien ce message : s'ils sont
libres d'appeler au " sacrifice de poulets ", qu'ils ne se plaignent pas si
d'autres, dotés du même quotient intellectuel, appellent en retour à leur extermination
pure et simple."
Pas mal non ? Bon bien sûr la figure de style qui laisse à penser l'autonomie de la volonté d'une entité collective vide comme la France me laisse rêveur. Le QI dudit Bugsy aussi puisque celui-ci incarne désormais avec plaisir un rôle de poulet dans " Gomez et Tavarez ". J'en viens donc à trouver notre ami Maurice un peu sévère que d'accuser du même niveau de déficience intellectuelle ceux qui se proposeraient d'appeler à faire un mauvais sort au Bugsy. On pourrait dire d'eux que ce sont de profonds crétins que de vouloir risquer une peine de réclusion certainement plus conséquente que celle du Cantat moyen pour en vouloir à la vie de cette sommité du show-biz. Après tout il faut quand même dépasser le niveau d'intelligence moyenne pour réaliser la médiocrité crasse de ce faux rebelle, même si l'appel à la violence contre la connerie est une grave régression elle ne va pas au point de réduire leurs auteurs au niveau d'un Stomy Bugsy ou d'un rapper du groupe Sniper.
Un
Dantec ça tient de l'autobiographie : le romancier se livre à des variations
savamment tourmentées autour de personnages qui lui ressemblent sur un registre
qui va du chaotique angélique (Le Toorop de " La Sirène Rouge ") au psychopathe
intégral (l'Andréas des " Racines du Mal "). Unité de personnage, de lieux et
d'obsession avec un héros qui flingue plus ou moins, zone dans la République
Populaire du 94 et pour s'évader s'envoie pas mal en l'air dans les paradis
artificiels. Ses trois nouvelles rassemblées dans " Dieu porte-t-il des lunettes
noires ? " sont une bonne synthèse de l'univers de Dantec. Les préoccupations
métaphysiques de ses polars SF sont bien mises en évidence à travers le fil
conducteur d'un triptyque qui se veut plutôt trinité (Sainte ?) puisque le personnage
principal tour à tour et dans l'ordre des nouvelles endosse le costard du Père,
du Fils et du simple d'esprit. Entraîné dans les délires de Dantec, le lecteur
devient Dieu et d'une balle peut changer la face du monde tout en gardant son
libre arbitre. Puis le voilà Jésus se vendant aux marchands du Temple au prix
d'un miracle. Enfin, simple d'esprit il se projette une dernière fois dans les
plaisirs frelatés d'une petite salope de cité. Flippant et de quoi devenir accroc
au monde de Dantec.
Maurice G Dantec Dieu porte-t-il des lunettes noires Librio Collection Imaginaire ISBN 2-290-33738-2
Le
fonctionnement de l'esprit humain est un mystère régi par les lois du chaos,
un ordinateur peut être pourrait nous en apprendre plus. Enfin, pas un ordinateur
ordinaire mais une neuromatrice, c'est-à-dire un ensemble de circuits reproduisant
le fonctionnement d'un cerveau humain et relié au réseau des réseaux, l'internet.
Une neuromatrice qui ne connaîtrait pas les frontières humaines d'une utilisation
limitée de nos capacités cérébrales. Dantec Darquandier Schaltzmann est, ou
plutôt sont les hommes-Dieu et la neuromatrice est leur création, une création
dépassant les maîtres. La Kabbale est la source explicative de ce roman policier.
Dieu est le réseau structuré en Sephiroth dont la dernière plonge au centre
des cerveaux. Chacun d'entre nous peut donc communiquer avec Dieu s'il ouvre
son esprit, alors il aura accès à l'arbre de la Connaissance, mais il ne devra
pas s'y ouvrir en se fermant à la structure divine, en brisant l'unité du réseau,
sinon il couperait les racines. L'esprit du premier s'est ouvert et son extension
a compris mais dans l'intervalle il s'est fait serial killer. D'autres esprits
se sont connectés mais pour couper et se plonger au cœur des racines du mal,
c'est en utilisant leurs armes et se faisant profiler qu'une neuromatrice les
traquera. Tout cela paraît bien mystérieux, il nous faudra bien 753 pages pour
comprendre et découvrir dans ce Dantec bien plus qu'un simple roman policier,
un chef d'œuvre érudit et mystique de la littérature contemporaine.
Babylon Babies
n'est pas le troisième opus d'une série commencée par la Sirène Rouge puis les
Racines du Mal, mais on y retrouve ses héros que sont Toorop, Darquandier et
la neuromatrice. Hélas il s'agit du moins bon des trois, il n'était effectivement
pas évident de reproduire un chef d'oeuvre comme les Racines du Mal. Le roman
tire en longueur et donne l'occasion à Maurice Dantec de réunir les acteurs
de ses préoccupations en un tout improbable. On se demande un peu ce qu'un gars
des Liberty Bells comme Toorop va foutre en guérillero de l'Islam chez les Tchétchènes
puis les Ouïgours comme on se demande ce que foutent les Hell's Angel avec une
scission des Roses Croix. Quant à la mafia russe, à l'indépendance Sibérienne
et aux manipulations génétiques, en voila un beau merdier constitué. Il faut
dire aussi que le bouquin a été écrit en 1999, que Dantec n'avait certainement
pas eu l'intuition de la nouvelle terreur menée par Al Quaïda, se rattrapant
avec sa prescience du clonage humain Raëlien. Cependant entendons nous bien,
ce roman surpasse tout de même la production moyenne française
du genre, et de loin, il n'est cependant pas à la mesure du régal
que m'avait offert ses autres livres. Reste à voir si l'apparition de Dantec
dans son propre roman fera de lui un vrai prophète. Rendez-vous en 2014.
Fin d'un monde à
Omaha Beach, à Unter den Linden, à Sarajevo, à New York ground zero, en la république
populaire islamique du 94, conurbation du crime. A travers le périple de vie
et de mort d'un officier de la PJ de Créteil, Maurice Dantec nous trace une
chronique non linéaire d'un monde en explosion dans sa phase entropique ultime.
Mais attention ce roman là n'en est pas un, c'est un méta-livre qui s'ouvre
sur d'autres livres et qui incite à en percer les mystères. Pour se l'approprier
vraiment, il faudrait le relire plusieurs fois, faire des copier-coller, y adjoindre
des éléments suggérés de la Kabbale, du livre des morts, de la Bible, y ajouter
les œuvres d'Abélio, d'Origène et de bien d'autres. Y-a-t-il une morale à ce
livre ? Une mise en garde ou une espérance face à une mutation de l'humanité
dans laquelle l'homme devient égal en l'œuvre de création à son propre créateur.
Chacun pourra y joindre sa propre compréhension puisque l'œuvre est destinée
à échapper à son auteur, de la même façon que le héros de ce roman échappe à
sa condition humaine et recrée en lui la sainte Trinité en tant que sources
d'appréhension du monde. Vous n'avez pas tout compris ? Alors achetez Villa
Vortex et ouvrez vos chakhras.
J'ai eu du mal avec ce Dantec là, faute de m'être mis à la lecture de l'ensemble des ouvrages auxquels il fait référence tout au long de ses livres. Mais une chose est sûre, la compréhension de cette œuvre est du domaine du religieux et le personnage principal, Plotkine, se croît tueur d'élite mais est en réalité une sorte de Joseph père de Dieu. Je déflore pas trop l'intrigue là, non ? Si ? Bon alors tout n'est pas encore dit. Le monde de 2057 a été dévasté par un " Grand Djihad ", les religions sont donc proscrites et tout un chacun est prié d'avoir sa propre divinité. Les hommes n'étant décidément pas raisonnables, des machines ont pris le contrôle et créé un ordre mondial artificiel à la Big Brother. Dantec se montre là technophobe, la machine sans âme c'est la chute de l'homme. Puis Joseph rencontre Marie et devient l'exécuteur virus de la bête incarnée en l'enfant-machine. La femme machine prostituée convertie au Catholicisme élèvera l'enfant Jésus avec les sages conseils du chien qui parle et de la vieille. Quant à Marie elle se sacrifiera pour sauver l'humanité du mal. Si vous avez pas tout suivi c'est normal, il faut acheter le livre et en trouver les clés, d'ailleurs les miennes ne sont pas nécessairement les bonnes.