Le procès des monopoles


 

Il y a bien eu des vagues de concentration, trois ou quatre dans le siècle, mais l'idée d'une méga-entreprise qui finirait par englober toute l'activité d'un pays est "épistémologiquement" inconcevable" puisque, comme l'a montré Murray Rothbard, au fur et à mesure qu'une telle firme s'étend et qu'elle devient le seul fabricant de biens intermédiaires dont elle a besoin, elle se prive de tout moyen rationnel de gérer économiquement ses activités, ce qui la fait peu à peu sombrer dans le chaos et, sur un marché libre, l'empêche bien évidemment de continuer sa croissance aux dépens des autres entreprises.

 

Ces vagues de concentration (dont la dernière, sans doute, entre 1980 et 1984) n'ont, au surplus, aucune importance car le marché n'est jamais figé: il y a eu concentration, mais il y a eu aussi naissance et diversification. Or, de cette idée d'un possible capitalisme monopolistique découlent la plupart des législations sur la concurrence et une série d'interprétations sur le rôle maléfique de l'entreprise solitaire, à peu près aussi condamnable que le plaisir du même nom.

Dès lors, pourquoi des lois antitrusts ?

Il faut d'abord en chercher le substrat politique: ces lois sont souvent demandées par des catégories d'électeurs. Il faut ensuite bien comprendre le rôle d'appareils statistiques fraudés ou mal interprétés. Ici, Henri Lepage déterre l'oeuvre d'un dénommé Gardiner C. Means, père de la théorie des prix administrés dans laquelle puisera John K. Galbraith, et il en démontre les errances. Il se trouve que les lois antitrusts n'ont pas eu l'effet désiré parce que les positions dites dominantes ont pour caractéristique de ne le demeurer jamais longtemps et parce que monopoles et ententes sont moins condamnables qu'une pieuse littérature voudrait nous le faire croire. Il faudrait simplement pouvoir juger cas par cas, en fonction du marché, et non selon les présupposés d'un arsenal juridique. Mais il y a un moment où le monopole, de vicieux, devient vertueux, c'est lorsqu'il est concédé par la puissance publique. Plusieurs exemples montrent la logique de ces attributions: Bell A.T.T. aux USA, le téléphone ou E.D.F. en France. Henri Lepage recense les mille et une (fausses) bonnes raisons qui ont conduit à des situations de monopole et qui démontrent que l'Etat demeure avant tout un grand distributeur de rentes.

Antoine CASSAN 

 

Alors que tout le monde s’entend pour reconnaître que c’est principalement dans les petites et moyennes entreprises, ainsi que dans les professions indépendantes, que réside aujourd’hui notre principal potentiel de création d’emplois nouveaux, il est paradoxal de voir tout un nouveau terreau de PME privées et de professions libérales êtres menacées aujourd’hui par des actions de concurrence déloyale émanant d’administrations de l’Etat ou d’établissements publics, en particulier lorsqu’il s’agit d’établissements disposant de véritables droits et de monopoles nationaux.  

France Télécom et EDF/GDF ont engagé d’importantes ressources dans des secteurs comme : l’ingénierie, le câble, les services informatiques, le capital-risque, et maintenant certaines branches industrielles comme l’informatique. Cette diversification emploie des revenus excédentaires dégagés par l’exploitation du service public dont ces entreprises ont le monopole. On peut facilement prétendre que ces investissements hors du service public privent les usagers d’une partie du surplus dégagé par l’exploitation du réseau public. Ce surplus aurait légitimement pu leur être distribué sous la forme d’une baisse de prix.

Corrélativement, les concurrents de France Télécom, d’EDF ou de GDF sur les marchés qui font déjà l’objet d’une diversification, se plaignent du caractère " prédateur " de la concurrence qu’ils subissent dans la mesure où le surplus d’une rente publique de monopole, protégée par la puissance publique, finance l’entrée de l’établissement public sur des marchés concurrentiels dans lesquels les entreprises privées font appel aux capitaux de marché.

Les monopoles publics doivent admettre que leur mission de service public est entrée en déserrance et que, sur la période historique à venir, elles ne pourront plus fonder une ambition durable sur ce principe hérité de l’histoire. D’ailleurs, lorsque chacun dispose de l’électricité et d’un téléphone bon marché, comme c’est le cas de la Suède depuis plus d’une génération, et de la France depuis 10 ans, le mandat du service public devient fluet. L’entreprise publique, qui a rempli son contrat d’équipement, n’a plus besoin de protection pour exister.

Jean Pierre CHAMOUX

 

Questions :

1. Qu’est ce qui pousse les entreprises à se concentrer ?

2. Pourquoi un monopole privé ne le reste jamais longtemps ?

3. En quoi les monopoles publics font ils une concurrence déloyale ? Contradiction apparente : comment peuvent ils avoir des concurrents s’ils sont en monopole ?