Il est encore fécond le ventre ...


Nier pour rendre possible à nouveau

C'est pas trop mon genre que de reprendre du Brecht, je digère mal le fait que l'on puisse se vouloir héraut de la liberté pour échouer sur les rives sinistres de la RDA. Pourtant cet apophtegme marquant inculqué aux élèves de toutes les écoles : "il est encore fécond le ventre d'où naquît la bête immonde", mérite d'être rappelé.

En effet, par aveuglement fanatique certaines personnes ayant la prétention de réécrire l'histoire du communisme, au nom de la défense de cette idéologie meurtrière, veulent en effacer les traces sanglantes de nos mémoires. Se revendiquant d'un activisme révolutionnaire, ils sont le ventre d'où pourraît renaître l'immonde, car à nier les leçons du passé ils nous condamnent à les revivre.

 

L'une de ces innombrables tâches bien sanglantes se constitue de la campagne de génocide par la faim menée par Staline en Ukraine. Sa véracité ne fait pas le moindre doute, les sources soviétiques la confirme et même nos livres d'histoire, pourtant plus prompts à condamner le capitalisme considéré comme système, que le communisme, évoquent ce génocide.

Pourtant quelques irréductibles, attachés à la mémoire de Staline, nient l'évidence historique en espérant le retour providentiel du grand homme.

 

Qu'il était beau, qu'il sentait bon le sang chaud mon Staline !

Vous en jugerez vous-même à la lecture de ce texte sur un site assez délirant et qui m'a été indiqué par nos amis Ukrainiens :

 

" Le harcèlement que subissent Annie Lacroix-Riz et d'autres historiens à cause de leurs travaux sur les famines en Ukraine en 1932-33 , et dont les résultats tendent notamment à infirmer l'idée d'une catastrophe sciemment et machiavéliquement organisée par le pouvoir soviétique contre la population, est scandaleux. Non seulement c'est une campagne politique revancharde mais, si de tels agissements devaient s'imposer, la recherche tomberait complètement sous la coupe des lobbies politiques. Ce qui est déjà assez largement le cas, mais il reste encore des parcelles d'indépendance et d'autonomie qu'on cherche à éliminer. Naturellement, on a le droit de critiquer Staline comme on a le droit de critiquer tout autre personnage historique (e.g. Roosevelt, Churchill, De Gaulle...). Mais aucun tribunal international n'a jamais déclaré Staline criminel contre l'humanité (c'est même l'Armée Rouge qui a anéanti d'énormes armées allemandes et japonaises pendant la deuxième guerre mondiale), et l'affaire des famines en Ukraine n'a aucunement un statut juridique comparable à celui de l'extermination des juifs par le régime nazi. Bien au contraire, ce sont des rapporteurs soviétiques qui les premiers ont chiffré le nombre des victimes des camps d'extermination nazis, et l'URSS a siégé à Nüremberg. Et, par conséquent, la liberté des chercheurs qui étudient l'histoire de l'URSS doit être respectée."

 

Indépendance des Chercheurs, le 18/10/2005

 

Le site en question s'appelle Bella Ciao et ne m'était pas vraiment inconnu dans la mesure où, il y a quelques temps, j'avais pensé y trouver parmi ses contributeurs des candidats pour un dîner de con.

Il se signale cette fois par la présence d'un appel au soutien de Lacroix-Riz à l'initiative d'un collectif de chercheur dont la prose laisse à penser qu'il s'agirait en fait de gamins de 12 ans s'essayant à la rédaction d'une motion… À moins que nous ayons affaire à des chercheurs en retraite et en soins intensifs depuis la triste nouvelle de la chute du mur de Berlin. Toujours est-il que leur texte aussi maladroit soit-il révèle un parti pris simpliste de gosses bêtes et méchants.

 

Il importe donc de le décrypter pour réaliser que le collectif en question porte bien mal son nom, ces chercheurs là ne sont indépendants que de toute esprit de rationalité et de sens critique.

Voici donc la traduction de la position de nos chercheurs indépendants :

 

" De vrais historiens menés par Annie Lacroix Riz ont démontré le caractère fallacieux du génocide ukrainien par la faim et de faux historiens les persécutent pour cela. C'est scandaleux ! Il s'agit en réalité d'un complot politique mené par des hyènes fascistes dactylographes, des contre-révolutionnaires, des réactionnaires (revanchards) - la bande à Stéphane Courtois bien sûr - qui veut criminaliser cette noble idée qu'est le communisme et priver les progressistes de leur domination dans cette discipline. Staline est un grand chef d'Etat tout à fait respectable qui n'a tué en masse que des salopards fascistes et nazis, il est temps de le faire savoir, d'honorer sa mémoire pour continuer son œuvre face aux forces (revanchardes) de l'anticommunisme. "

 

Cet appel à la mobilisation en faveur de Lacroix Riz ne fait donc que reprendre les arguments de l'historienne négationniste. Elle ne plaide pas pour la liberté de la recherche mais pour la falsification de l'histoire au service de visées révolutionnaires.

Ceci est grave car, au risque de me répêter, nier les crimes du communisme c'est participer à les rendre à nouveau possibles, d'autant qu'aujourd'hui encore cette funeste secte continue à tuer.

 

Rififi chez les stals, ou les vertus du doute chez les trotskystes doutants

 

Les réactions à cet appel sur le site gauchiste Bella Ciao sont intéressantes. J'y ai ainsi trouvé une charge antistalinienne qui semble émaner d'un trotskyste qui doute puisqu'il dénonce la collectivisation autoritaire tout en restant attaché aux mythes marxistes :

 

" La liberté des chercheurs qui travaillent sur l'URSS doit en effet être respectée. Or, la phrase suivante de l'appel mis en ligne ici est une menace directe contre cette liberté, et constitue à l'évidence le vraie motif de cette campagne : "Mais aucun tribunal international n'a jamais déclaré Staline criminel contre l'humanité (c'est même l'Armée Rouge qui a anéanti d'énormes armées allemandes et japonaises pendant la deuxième guerre mondiale), et l'affaire des famines en Ukraine n'a aucunement un statut juridique comparable à celui de l'extermination des juifs par le régime nazi." Ainsi donc, Staline ne serait pas un criminel contre l'humanité, cela parce que, voyez-vous, aucun "tribunal international" ne l'a condamné pour cela.

Il est amusant de voir ici nos nostalgiques de la soi-disant grande URSS maquillés en défenseurs de l'histoire se cacher derrière le "droit international" bourgeois et unisien ! [ …]"

 

Cette dernière constatation est, en effet, imparable.

 

" Le tribunal des peuples a, lui, depuis longtemps condamné ce criminel, chef du plus monstrueux appareil anticommuniste de l'histoire : la bureaucratie du Kremlin, en renversant ses statues, en ouvrant ses prisons. Malheureusement, le mal fait par cet appareil a semé des illusions dans les peuples qui ont aidé ses membres à se reconvertir en masse en business men mafieux. Le caractère génocidaire de la famine ukrainienne est une vraie question historique, dans le sens suivant :

1) les faits sont clairs, il y a eu famine, effet de la collectivisation autoritaire (les paysans attaqués par le pouvoir ont abattu leur bétail dès 1929-1930 et le bétail était essentiel aux récoltes), laquelle fut ensuite aggravée volontairement par le pouvoir stalinien, notamment en 1933,

2) le caractère nationaliste grand-russe de ce crime contre l'humanité ne fait aucun doute ; son caractère de crime raciste ou national destiné à exterminer la nation ukrainienne, affirmé par ailleurs par les nationalistes ukrainiens, dont certains sont des curaillons réactionnaires, fait discussion. De ce dernier point dépend sa qualification ou non comme génocide, mais ceci ne change rien à l'ampleur du crime contre l'humanité, contre la nation ukrainienne, contre la classe ouvrière, contre le communisme ... [ …] "

 

Le trotskyste ne doute pas suffisamment visiblement.

 

" Il y aurait aussi beaucoup à dire sur la manière dont l'armée dite rouge a "libéré" l'Europe centrale et orientale du nazisme, exterminant les populations allemandes, violant la majorité des femmes de la future RDA, répandant une terreur qui, conjointement avec les bombardements de ses alliés anglo-américains, paralysa la classe ouvrière allemande face à Hitler, s'arrêtant devant Varsovie pour permettre aux SS de massacrer, se précipitant sur Belgrade pour tenter de la prendre avant les partisans ... [ …]"

 

Voila qui méritait d'être énoncé.

 

" Pendant une grande partie du XX° siècle, la classe ouvrière et les mouvements d'émancipation ont été piégés par la guerre froide, la confrontation de deux forces réactionnaires. Maintenant que la lutte des peuples nous a débarrassé du Mur de Berlin, reconstituer ce schéma mental dans les travaux historiques est une entreprise réactionnaire et anticommuniste au sens strict du terme. Il y a une symétrie remarquable entre les travaux "de droite" axés sur la diabolisation du communisme, et les travaux d'Annie Lacroix-Riz accès sur la construction de théories du complot envers tout ce qui pourrait détrôner le fétiche "soviétique". Cette tradition là n'est pas nouvelle : c'est celle d'Annie Besse-Kriegel, marâtre de l'historiographie stalinienne française au temps ou elle sévissait dans les rangs du prétendu parti de la classe ouvrière, et par la suite cheftaine des historiens de droite et d'extrême-droite. La volonté de Kriegel vieille et de ses disciples de diaboliser tout ce qui se rapportait au "communisme" et à l'URSS et la volonté de la pétition de ces soi-disant "chercheurs indépendants" de proclamer Staline hors d'atteinte de toute accusation de crime contre l'humanité sont complémentaires et se nourrissent l'un l'autre. La révolution, l'émancipation et la libre recherche sont ailleurs ! "

 

Un disciple de X Files donc, très bonne source d'ailleurs, mais cette partie de la démonstration toute intéressante soit-elle relève de l'absurdité. C'est le communisme qui porte en lui le crime et non un accident de l'histoire.

 

"Staline, un règne sanglant, mais constructif (sic)"

 

Pour autant cette prise de position sera mal venue sur le site de Bella Ciao, il fallait bien un professeur d'histoire payé par nos impôts pour recruter nos gamins dans sa secte stalinienne, afin d'apporter une contradictoire sur le ton vulgaire de l'invective :

 

" Mais les "Le tribunal des peuples a, lui, depuis longtemps condamné ce criminel" (Staline) mon gars va falloir sortir de tes bouquins d'histoire et te confronter à la dure réalité....Staline, malgré ses crimes indéniables, est largement mieux aimé que bon nombres de dirigeants, toute époque et pays confondu, du moins dans ses couches populaires (c'est-à-dire, malheureusement, celles qu'on n'entend pas). Ce n'est pas le peuple qui l'a condamné, ce sont les élites, horrifié par l'instauration d'un régime véritablement populaire sur terre. C'est un fait historique, pas un jugement de valeur. Qui a renversé les statues ? Le peuple russe ? quelle blague ! C'est Khrushhëv, impatient qu'il était d'être calife à la place du calife. Staline a eu un règne sanglant, mais constructif. Ses successeurs, comme notamment Gorbachëv (adoré en occident même à gauche - va savoir pourquoi) ont bien essayé de réinstaurer un culte de la personnalité, mais alors que sous Staline ce culte était largement accepté voir désiré, chez Gorbachev ça n'a pas pris : moins sanglant, mais une politique lâche de bradage...Tiens, pour te faire réfléchir cette nuit : il y encore des Russes qui ont été au goulag et qui ont aujourd'hui une photo de Staline sur leur réfrigérateur (vécu). Pas de la dévotion stupide, non, juste une indignation face à la bassesse des attaques contre un mort qui, s'il mérite les critiques, en mérite des lucides ! "

 

Et pour enfoncer le clou, l'adorateur du seul régime qui ait été véritablement populaire sur terre, sanglant mais (donc) constructif signe et revendique :

 

" Je suis l'auteur du message précédent, je le précise car il n'a aucune raison d'être anonyme : Vincent Présumey, prof d'Histoire et militant révolutionnaire. "

 

Eh oui, Vincent Présumey enseigne l'histoire à vos enfants, et vous le payez pour cela ! Nous laisserons donc le soin aux parents d'élèves concernés qui nous lisent de se manifester auprès de la direction de son établissement, et si possible de nous récupérer les cours dispensés qui ne manqueront pas d'être croquignolets.

 

 

Xavier COLLET, le 12 septembre 2007